Le psychopathe a un besoin vital de se sentir aimé. Totalement, inconditionnellement, comme un bébé est aimé par sa maman. Même quand il se rend odieux, même quand il fait des bêtises. L'univers affectif du psychopathe est celui du nourrisson: pour lui, l'amour est toujours à sens unique: il «aime» ceux qui l'aiment et sont gentils avec lui, il hait ceux qui le critiquent. Si d'aventure le paysage change autour de lui, si ceux dont il se croyait aimé cessent tout d'un coup de l'encenser, c'est tout son monde intérieur qui s'écroule. Ses certitudes s'envolent, ses repères disparaissent, il ne fait plus confiance à personne, pas même à son ombre. Le psychopathe risque ainsi de perdre complètement les pédales, d'accumuler les gaffes, de prendre des initiatives plus casse-pipe les unes que les autres. Il sait qu'il va entraîner beaucoup de monde dans sa dégringolade, mais il n'en a cure. « Après moi le déluge » est une des devises préférées du psychopathe.
Mais la question n'est pas là. La seule vraie question est la suivante : comment des individus théoriquement sains d'esprit peuvent-ils se laisser séduire par un psychopathe, alors que ses troubles psychiques sont tout à fait évidents? Il suffirait de l'observer avec un minimum d'attention pour éviter de tomber dans son piège. Mais, comme le disait Gustave Thibon, «les hommes ne demandent qu'à croire - à condition qu'on leur mente. Ils croient celui qui affirme et non celui qui sait. Car, précisément, celui qui sait n'ose rien affirmer."
Il avait certainement eu l'occasion d'observer des psychopathes, et les aveugles qui les suivent.
Dans «Le narcissisme» d'Alexander Lowen*, je découvre que le psychopathe se trouve, par ordre de gravité, au 4ème niveau des personnalités narcissiques (juste avant les personnalités paranoïdes). «Tous les psychopathes se considèrent supérieurs aux autres et manifestent une arrogance qui confine au mépris pour l'humanité dans son ensemble... Ils nient leurs sentiments et n'ont aucun sens moral
Cette absence de conscience morale serait due à un trouble du développement du moi, lié à une absence de surmoi, elle-même liée à une image de père absent ou déficient. "Les psychopathes sont loin d'être tous des perdants : on en trouve de nombreux parmi les grands avocats, les hommes politiques, les capitaines d'industrie. Le psychopathe sait très bien comment se servir des peurs et des faiblesses des autres, parce que ce sont aussi les siennes... À un niveau très profond, le psychopathe se considère comme un petit dieu et trop souvent son entourage le voit en tant que tel».
Voici la définition de Alan Harrington, cité par Lowen : «Des individus brillants, sans scrupules, doués d'une intelligence froide et calculatrice, incapables d'éprouver culpabilité ou amour, avec des ambitions agressives vis-à-vis du reste du monde». Et voilà celle du psychanalyste Otto Kernberg: "Les psychopathes sont tous caractérisés par une ambition intense, des fantasmes grandioses, des sentiments occultés d'infériorité et une dépendance excessive vis-à-vis de l'admiration et de l'approbation des autres".